Fred Uhlman, L’ami retrouvé

L’ami retrouvé, de Fred Uhlman, traduit par Léo Lack, Folio

Quand je le quittai enfin, je courus sur tout le chemin du retour. Je riais, je parlais tout seul, j’avais envie de crier, de chanter, et je trouvai très difficile de ne pas dire à mes parents combien j’étais heureux, que toute ma vie avait changé et que je n’étais plus un mendiant mais riche comme Crésus.

Par un sombre après-midi d’hiver, dans une morne salle de classe d’un lycée de Stuttgart, un nouvel élève, Conrad von Hohenfels, fait son entrée et la vie du narrateur en est changée. Le nouveau venu semble appartenir à un autre monde. Il n’est pas le seul aristocrate à fréquenter cet établissement, mais sa famille est une des plus illustres de la Souabe. Il frappe d’abord par son extrême élégance qui contraste avec le laisser-aller généralement de mise parmi les lycéens. Aussitôt le lycée entier, professeurs compris, tombe sous le charme du jeune homme, mais celui-ci reste isolé, comme s’il était impossible aux êtres vulgaires de l’approcher. Les aristocrates de la classe eux-mêmes échouent à l’intégrer à leur cercle. Il en est de même pour « le Caviar », un groupe de lycéens qui fréquente quelques artistes et se considère comme l’élite intellectuelle de ce petit milieu. Pourtant, Hans Schwarz, le narrateur, fils d’un médecin juif, se fixe pour objectif de devenir l’ami du nouveau venu. Seul un garçon comme Conrad lui semble digne de sa haute conception de l’amitié : une fraternité, un dévouement absolus, allant jusqu’au sacrifice de sa vie. Mais comment attirer l’attention du jeune comte ? Hans déploie alors dans son travail scolaire des efforts inaccoutumés qui étonnent même ses professeurs. Enfin, à propos de monnaies de collection, le premier contact est noué. Conrad von Hohenfels se révèle lui aussi solitaire et en quête d’amitié. Les deux garçons deviennent inséparables. Les mois passent pour le narrateur dans un bonheur nouveau. Autour d’eux pourtant, l’Histoire poursuit sa route. Nazis et communistes s’affrontent à Berlin, mais Stuttgart paraît relativement épargnée. Le père du narrateur, ancien officier, héros de la première guerre mondiale et Juif peu pratiquant est partisan d’une assimilation complète des Juifs à l’Allemagne. Il est aussi un médecin respecté de tous. Il est persuadé qu’Hitler est un personnage ridicule, le nazisme une maladie de l’Allemagne qui ne durera pas.

Pourtant, le narrateur se rend bientôt compte que son ami, qu’il invite régulièrement chez lui et qui côtoie ses parents, ne le reçoit dans sa demeure que lorsque les siens sont absents. Lors d’une soirée à l’opéra où Conrad accompagne ses parents et le président de la République, il croise Hans sans faire mine de le reconnaître. Celui-ci demande des explications, et Conrad lui avoue que sa mère éprouve une haine féroce contre les Juifs. Bientôt, la tempête arrive. Le nazisme s’installe à Stuttgart, puis dans le lycée. Les parents de Hans l’envoient en Amérique avant de disparaître eux-mêmes dans la tourmente. Hans perd tout contact avec son ami de jeunesse, qui a choisi de suivre Hitler. Il s’arrange une existence confortable loin de sa véritable patrie. Mais de façon inattendue, de nombreuses années plus tard, à travers la frontière de la mort, son ami va lui être rendu.

Fred Uhlman comme son héros quitta l’Allemagne en 1933 et sa famille fut anéantie. Il est permis de supposer qu’il existe une part d’autobiographie dans ce court roman. Dans un style simple et dépouillé, il nous ouvre une fenêtre vers une Allemagne disparue à jamais, une patrie qu’il aurait pu aimer jusqu’au sacrifice sans le déferlement de la haine nazie.

J’ai aimé ce livre pour la peinture toute en finesse d’un monde disparu, englouti dans les convulsions du XXe siècle, pour l’expression délicate de l’amitié entre deux jeunes hommes, pour l’espoir de rédemption que laisse entrevoir la dernière ligne.

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